Télétravail et risque routier : un risque toujours présent ?

Le télétravail s’est imposé dans le paysage professionnel français comme une organisation durable. Selon les dernières données disponibles, plus d’un salarié sur quatre pratique aujourd’hui le travail à distance de manière régulière. Et avec lui est née une idée reçue tenace : travailler depuis chez soi, c’est s’éloigner du risque routier. Moins de trajets, moins d’accidents. Le raisonnement semble logique. Il est pourtant incomplet et potentiellement dangereux pour les entreprises qui en tireraient des conclusions hâtives sur leur politique de prévention.

Car le télétravail ne supprime pas le risque routier. Il le transforme, le déplace, parfois le concentre sur des situations moins visibles. Pour les employeurs comme pour les salariés, comprendre cette réalité est indispensable.

Ce que le télétravail change dans les mobilités professionnelles

La réduction des trajets domicile-travail : une réalité partielle

L’effet le plus immédiat du télétravail, c’est effectivement la suppression du trajet pendulaire les jours travaillés à domicile. Pour un salarié en télétravail deux jours par semaine, cela représente une réduction significative de son temps d’exposition sur la route au fil d’une année.

Mais la réalité est plus nuancée. La grande majorité des accords de télétravail en entreprise prévoient deux à trois jours de présence physique par semaine. Le trajet domicile-travail n’est donc pas éliminé : il est simplement moins fréquent. Et c’est précisément là que réside l’un des premiers facteurs de risque méconnus, sur lequel nous reviendrons.

Par ailleurs, le développement du télétravail s’est souvent accompagné d’un phénomène de métropolisation inversée : des salariés qui, pouvant travailler de chez eux plusieurs jours par semaine, ont fait le choix de s’éloigner de leur lieu de travail. Résultat : quand ils se déplacent, les distances sont plus longues, les routes parfois moins familières.

Les déplacements professionnels ponctuels, un angle mort de la prévention

Au-delà du trajet domicile-travail, le télétravailleur continue de se déplacer dans un cadre professionnel : réunions au siège ou chez un client, formations, séminaires, rendez-vous commerciaux. Ces déplacements ponctuels ont une caractéristique particulière : ils sont moins routiniers.

Or la routine, dans la conduite, a une vertu protectrice. Elle ancre des automatismes, des repères, une familiarité avec les conditions de circulation habituelles. Le salarié qui prend sa voiture deux fois par semaine pour rejoindre un site différent à chaque fois bénéficie de moins de ces repères. Il conduit ponctuellement, parfois sur des axes peu familiers, dans des états de préparation mentale variables : pressé, préoccupé par la réunion à venir, peu habitué à ce type de trajet.

Ce profil de conducteur occasionnel, mais professionnel, est aujourd’hui insuffisamment pris en compte dans les politiques de prévention des entreprises.

Le risque routier professionnel ne disparaît pas avec le télétravail

Le trajet domicile-travail reste un accident du travail

C’est un rappel juridique fondamental que tout employeur doit avoir en tête : le trajet entre le domicile et le lieu de travail est couvert par la législation sur les accidents du travail, plus précisément, il est qualifié d’accident de trajet, régi par l’article L. 411-2 du Code de la sécurité sociale.

Cela vaut y compris pour un salarié en télétravail partiel, les jours où il se rend physiquement sur son lieu de travail. Un accident survenu sur le trajet engage la responsabilité de l’employeur, indépendamment de la fréquence de ce déplacement. Qu’il se produise cinq fois par semaine ou une fois par mois, le cadre légal s’applique de la même façon.

Les déplacements en mission : une responsabilité pleine et entière

Au-delà du trajet domicile-travail, les déplacements effectués dans le cadre des missions professionnelles relèvent du régime de l’accident du travail à part entière, avec une protection encore plus étendue pour le salarié et une responsabilité accrue pour l’employeur.

Une réunion trimestrielle au siège, un déplacement chez un client, un séminaire annuel : chacun de ces trajets constitue une mission professionnelle. Peu importe que ces déplacements soient devenus moins fréquents depuis le passage en télétravail. Dès lors que le salarié prend la route pour le compte de l’entreprise, l’employeur est exposé.

La désaccoutumance à la conduite : un facteur de risque sous-estimé

C’est sans doute le point le moins connu, et pourtant l’un des plus documentés dans les études de sécurité routière : conduire moins régulièrement dégrade certaines compétences de conduite.

On ne parle pas ici d’incompétence, mais d’érosion progressive de réflexes qui s’entretiennent par la pratique. La gestion des distances de sécurité, l’anticipation dans des situations de circulation dense, la réaction face à un événement imprévu : autant d’automatismes qui se maintiennent par la répétition. Un conducteur qui prend le volant deux fois par semaine après des mois de télétravail intensif n’est pas dans le même état de préparation qu’un conducteur qui circule quotidiennement.

Ce phénomène de désaccoutumance touche particulièrement les salariés dont le télétravail est devenu très majoritaire. Il doit être intégré comme un facteur de risque à part entière dans l’évaluation des risques professionnels.

Les obligations de l’employeur face au risque résiduel

Le DUER doit refléter la réalité des mobilités hybrides

Le Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER) est l’outil central de la politique de prévention en entreprise. Il doit recenser l’ensemble des risques auxquels les salariés sont exposés, y compris le risque routier, que ce soit en trajet ou en mission.

La généralisation du télétravail ne dispense pas l’employeur de cette obligation. Au contraire, elle l’oblige à actualiser l’analyse des risques pour tenir compte des nouvelles réalités de déplacement : fréquences modifiées, distances allongées, profils de conducteurs moins réguliers. Un DUER qui ne refléterait pas ces évolutions serait non seulement incomplet, mais potentiellement engageant en cas d’accident.

Une responsabilité qui ne se met pas en veille

L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Cette obligation générale de sécurité ne connaît pas de clause d’exception liée au télétravail.

En pratique, cela signifie que les actions de sensibilisation et de formation au risque routier restent non seulement pertinentes, mais attendues pour tous les salariés amenés à prendre la route dans un cadre professionnel, quelle que soit la fréquence de leurs déplacements. Une entreprise qui aurait suspendu ses programmes de prévention routière au motif que ses collaborateurs télétravaillent majoritairement s’exposerait à engager sa responsabilité en cas d’accident.

Comment adapter sa politique de prévention au travail hybride

Cartographier les expositions résiduelles

La première étape d’une politique de prévention efficace en contexte hybride, c’est la connaissance. Il s’agit d’identifier précisément quels salariés se déplacent encore, dans quelles circonstances, à quelle fréquence et sur quels types d’axes.

Cette cartographie permet de cibler les actions de prévention là où elles sont réellement nécessaires, plutôt que d’adopter une approche uniforme qui ne correspondrait plus aux réalités du terrain. Agiroute accompagne les entreprises dans cette phase d’analyse en amont, notamment via son audit de conduite sur route : un diagnostic concret des comportements au volant, qui permet d’identifier les points de vigilance propres à chaque salarié et d’orienter les actions de formation en conséquence.

Adapter les formations au nouveau rythme de conduite

Face au phénomène de désaccoutumance et à la diversification des profils de conducteurs en entreprise, une formation générique ne suffit plus. Les salariés qui conduisent peu mais ponctuellement ont des besoins spécifiques, différents de ceux d’un conducteur quotidien.

Agiroute propose des dispositifs pensés pour répondre à cette réalité. Les modules de sensibilisation aux risques routiers permettent de (re)mobiliser l’attention des conducteurs occasionnels sur les comportements à risque. Les stages de perfectionnement de conduite sur route offrent une remise à niveau pratique pour les salariés dont la pratique s’est espacée. Enfin, les modules de formation sur mesure permettent de construire un programme adapté à la structure exacte des déplacements dans l’entreprise : fréquence, types de trajets, profils de conducteurs. L’objectif est simple : que chaque salarié qui prend la route pour le compte de l’entreprise le fasse avec le niveau de préparation que la situation exige.

Maintenir une culture de la prévention dans un contexte dispersé

L’un des défis propres au travail hybride, c’est que la distance physique peut diluer les messages de prévention. Les salariés sont moins souvent ensemble, moins exposés aux communications internes, parfois éloignés des référents sécurité de leur entreprise.

Pour répondre à ce défi, Agiroute propose des Journées Sécurité organisées sur mesure, à des moments où les équipes sont réunies : un format immersif et collectif qui ancre durablement les bons réflexes, avec des animations concrètes comme la voiture tonneaux, le réactiomètre ou les mises en situation autour des risques liés à l’alcool, aux stupéfiants et à la fatigue. Des interventions ponctuelles mais à fort impact, particulièrement adaptées aux organisations hybrides qui cherchent à profiter des temps de présence collective pour renforcer leur culture de la prévention.

Le télétravail a profondément modifié les habitudes de déplacement des salariés, mais il n’a pas fait disparaître le risque routier professionnel. Il l’a rendu moins visible, plus diffus, parfois plus difficile à anticiper. C’est précisément pour cette raison que les entreprises ne peuvent pas se permettre de relâcher leur politique de prévention.

Moins de trajets ne signifient pas moins de risques. La désaccoutumance s’installe, les déplacements ponctuels s’effectuent parfois sans préparation suffisante, et l’obligation de l’employeur reste entière. Face à cette réalité, Agiroute accompagne les entreprises dans la durée : du diagnostic initial à la mise en place de formations adaptées, en passant par les journées de sensibilisation collective. Quelle que soit l’organisation du travail, la prévention routière n’est pas un sujet qu’on met en veille.

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